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Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé]

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Sang-Pure
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MessageSujet: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Dim 20 Déc - 15:31
Petite présentation HRP du sujet:
 

Les réceptions de Lord Byron

Manoir des « Mille et Une pages », vingt décembre, en soirée.

Dans le salon à l’ambiance Victorienne, deux femmes étaient assises dans des fauteuils confortables à lire. Sur une petite table devant elles infusait un thé à la bergamote qui diffusait son arôme doucereux dans l’air. Dans un petit panier, s’alignaient des lettres encore cachetées à la cire. Dans notre monde moderne, où l’informatique a pris le meilleur sur le papier, voir ainsi toute une correspondance en papier est légèrement anachronique, mais ainsi sont la majorité des Capiens. Ils aiment vivre dans un monde, dans un reflet d’une époque passée, dans l’illusion de leur période de gloire. Et quand on a le temps pour ce genre de chose, qu’on ne court pas après chaque seconde, les lettres ont un charme que n’ont pas les e-mails. Aidée d’un ouvre-lettre en argent, la première des deux femmes, dans sa robe verte, décachette les lettres, une par une, et les lit lentement, prenant garde à chaque tournure de phrase. En effet, les Chasseurs de la Nuit aiment le jeu des mots, des sens cachés, des doubles sens, alors elle se doit d’être attentive. Certaines lettres sont politiques, d’autres sont des invitations. Qui d’une réception, qui d’un spectacle, nombreux sont ceux à inviter la Princesse. Certains le font par obligation, d’autre par envie et les pires, par intérêt politique. Chaque lettre se doit d’avoir sa réponse, alors elle dicte à sa comparse les mots de refus ou d’acceptation. Elle avait aussi un planning à tenir, à contrôler que les réceptions ne se bousculent pas.

Saisissant une énième lettre, la Princesse ne peut s’empêcher de lire à voix haute le nom de l’expéditeur. Ce dernier n’était inconnu pour aucune des deux femmes.

« - Lord Byron ? Le voici qui m’invite à la réception qu’il donne demain. Je le croyais…
- En effet, Princesse. Lord Byron est décédé il y a peu. C’est surement son fils, Abel, qui vous envoie cette invitation.
- Lord Byron Junior, donc ? Très bien, répondez-lui que je serai présente avec plaisir. Me feriez-vous le plaisir de m’accompagner, Absinthe ?
- Sans la moindre hésitation. Les réceptions de Lord Byron étaient toujours un succès, nous verrons si son fils a hérité de son talent. »


Un sourire légèrement rêveur barra le visage de la Conseillère Princière. Si les Capiens couraient souvent les réceptions et les soirées, certaines avaient un charme que nul autre ne pouvait occulter. Lord Byron père, de son vivant, était un tel hôte. La majorité des soirées Capiennes étaient aussi courues par des humains et des humaines, mais dans certaines, ils n’étaient là… Qu’à titre alimentaire, conscients ou non de ce fait, rarement volontaires. Lord Byron était un Capien charmant, toujours au courant des modes, mais aussi des goûts de ses invités. Jamais une fausse note, jamais un déçu. Les deux femmes s’imaginaient déjà avoir une soirée légèrement décadente mais tellement pleine de plaisirs.
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Sang-Pure
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MessageSujet: Re: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Lun 21 Déc - 22:29
Quartier Capien, vingt-et-un décembre, début de soirée.

Un carrosse complètement ouvragé fendait la foule avec grâce. Tracté par deux hongres calmes, il avance lentement, sous les regards de tous les humains, curieux ou touristes. Certains Capiens dans les rues tournent la tête et lèvent leur galure en voyant le sceau gravé sur les portières du véhicule. La nuit est encore jeune, et nombreux sont les noctambules à déambuler par-là, bon nombre sont des couples en goguette qui souhaitent découvrir le quartier de nuit et s’imprégner de l’ambiance tout en jouant à se faire peur. Regardant la rue défiler sous ses yeux, la Princesse réfléchit. Quelle va être la petite touche qui rendra unique la soirée organisée par Lord Byron Junior ? Leur fiacre arriva enfin dans la cour du manoir. Petit comité de réception, avec des lampes à huiles, pour l’ambiance autant que le plaisir. De l’autre côté des portes, quelques badauds jettent des regards curieux, mais cette soirée est sur « invitation » tel que l’annonce une pancarte. Quelques serviteurs de la maisonnée accueillent les deux femmes du carrosse alors qu’on les informe que le maître des lieux les attend à l’intérieur. À peine la porte du fiacre fermée, le voilà qui repart, libérant la place pour le flot d’invités en continu.

« - Bien. Allons-y, Absinthe.
- Oui ! J’ai hâte de voir cette réception.
»


Les réceptions des Capiens sont un secret bien gardé, chaque famille ayant ses petites manies, ses petites habitudes. Mais bien sûr, les piliers de ces réceptions sont… La politique, une bonne musique et une bonne chair. Pas de la chasse, du bœuf ou du cheval, mais bien des humains… Parfois quelques Mythes étaient pris dans le lot, mais c’était très rare. Peu de Capiens souhaitaient être la cause d’une prise de bec à l’Exilée si ça finissait par se savoir. Depuis l’écartèlement public de Ser Valroux en deux mille sept pour avoir que trop chassé les Zephyr au déplaisir de leur chef et de son propre Prince, nul Capien ne chasse volontairement d’autres Mythes. Ou en tout cas officiellement. Les erreurs arrivent parfois. Gwihir traversait le hall d’entrée jusqu’à se retrouver face à Lord Byron Junior. Celui-ci parlait à d’autres hommes qu’il congédia à peine la Princesse en vue.

« - Chère Dame Deirfiur, c’est un plaisir de vous accueillir ! J’espère que votre soirée se passera au mieux ! Dame Feuerbach, soyez la bienvenue vous aussi.
- Lord Byron, merci de cette charmante invitation. Je suis impatiente de voir ce que vous avez préparé.
- My Lord. Bonsoir.

- Préparé ? Vous n’en reviendrez pas ! Vous verrez !
»


A peine eu-t-il le temps de dire ceci que d’autres familles arrivaient, captant son attention. Sans attendre plus de détail, la Princesse et sa Conseillère avancèrent et entrèrent dans la salle de bal. Au moment où elles passèrent les portes, un valet de pied les annonça.

« - Messieurs, Dame, la Princesse des Capiens, Dame Deirfiur, accompagnée de la Conseillère à la Cour, Dame Feuerbach ! »

Un bruissement de robes qui se plient sous une révérence polie et de chapeaux soufflés par un geste habile de la main salua cette annonce. Trois coups de canne au sol suivi, puis elle entrèrent dans la salle de bal à proprement dit. Les bruissements de conversation reprirent de plus belle, mais certains des nobles Capiens présents virent présenter leurs respects de manière formelle. C’est à ce moment que Gwihir remarqua, mélangée à l’assemblée, une foule disparate d’humains, globalement sur leur trente-et-un. Elle sourit à sa comparse et lui murmura…

« - Des noces pourpres ? Quelle idée charmante, mais pas si rare… Quelle serait la surprise, selon toi ?
- Surement le choix des mariés ? Peut-être des gens plus physiques ? Des gens au sang puissant ?
- Probable, en effet… Ah, voici notre hôte qui s’avance, nous verrons sous peu. »


Les noces pourpres… Un jeu bien Capien. Chaque invité a un compagnon ou une compagne de danse, pour la soirée. Alcool, bonne chair, mots doux, yeux qui papillonnent et très vite, les cavaliers se mettent à suivre leurs binômes dans quelques alcôves pour une promesse coquine, pour un échange charnel. Mais dans ces isoloirs, mêlés à certains petits soupirs de plaisirs, des baisers sont échangés, baisers passionnés, baisers primaux… Puis… baisers toutes canines sorties. Dans les frénésies de certains, il arrive qu’une proie moins chanceuse décède… Un junkie que l’on retrouvera dans une arrière-cour de discothèque, ou un disparu. Pour les autres, les mélanges d’alcool, de passion et de quelques drogues leur feront oublier le plus important pour ne laisser dans leur tête que des souvenirs plein d’une extase impossible à décrire. Un souvenir vivace et pourtant vaporeux. Des jeunes, souvent, qui ont quelques petites anémies ensuite, durant une petite journée. Mais avec tout ce qu’ils ont bu, quel étonnement à se voir tituber par moment. Ah… ces noces pourpres… Presque tout le monde en revient avec le sourire. Et le seul travail de l’hôte est de trouver l’être qui sera le cavalier de chaque dame, la cavalière de chaque homme. Or… voici que se dirigeant vers la Princesse venait l’hôte accompagné d’un jeune adulte musclé qui sent la peau bronzée, surement un surfeur, ainsi qu’un… jeune garçon… blond… d’environ douze-quatorze ans. Le Capien sourit de toutes ses dents en présentant… Le surfeur à Absinthe et le garçonnet à Gwihir. Elles échangèrent un regard gêné mais ne dirent rien de suite. Le Lord leur souhaite une bonne soirée et part s’occuper des autres Capiens qui arrivent.

« - Madame… que ?
- Surement qu’il a donné du crédit à ce qui n’était qu’une boutade dans une feuille de choux.

- Que… hum. Quel sera le planning ?
- Simple. Pas de noces pourpres pour moi. Amuse-toi. Je vais m’occuper de ce petit. Nous partirons dans trois heures.

- Très bien. Mais pour… l’après ?

- Il va comprendre son erreur. »


Mais elles ne pouvaient faire de messes basses longtemps. Les deux humains étaient juste à côté et attendaient le tour de rejoindre la fête. S’agenouillant vers le garçonnet, elle lui parla doucement.

« - Comment t’appelles-tu ?
- Guillaume ! Madame la Princesse !
- Enchantée, Guillaume. Alors ? Tu as gagné à la loterie ?

- Oui ! J’ai tiré la bille dorée alors que je faisais les magasins avec ma maman !
»
Dit-il, tout fier.
« - Hé bien ! Alors tu es un chanceux ! Et ce soir, tu es le Prince de la soirée, tu vas voir.
- Yay ! »
Son sourire était immense… un petit garçonnet dans un costume surement prêté et qui lui allait comme un gant, fier comme un paon.
« - On commence par aller manger, les deux ?
- Oui ! »


La Princesse emmena son petit cavalier vers les multiples buffets. Abus était le mot d’ordre, il semblait. Des mets hors de prix, comme du foie-gras, des petites soucoupes de caviar côtoyaient des mets particulièrement ouvragés. L’un d’entre eux attira de suite le regard de la Princesse. Un morceau de bœuf de haute qualité, dans une sauce aux morilles et dont la partie supérieure est couverte d’un morceau de foie gras entier juste poêle. Deux trois copeaux de truffes finissait le plat. « décidemment… » Elle désigna à Guillaume le plat.

« - Je te conseille ceci. On appelle ça un tournedos rossini !
- C’est beaucoup trop gros pour moi… »
Fit-il. Quel adorable garçon poli…
« - Tu es le Prince ce soir, tu as le droit de ne pas finir tes plats. Et aussi de goûter tous les desserts, sauf ceux à l’alcool. »


Il ne fallait pas en dire beaucoup plus pour que l’enfant se serve abondamment. Une assiette de viande, accompagnée de frites, un plateau énorme couvert de plein de desserts aussi riches les uns que les autres. Pendant qu’il se servait, la Première Dame des Capiens faisait de même tout en regardant son environnement. Les noces pourpres battaient leur plein. Les gens montaient à l’étage, et d’autres en redescendait, un peu moins de feu dans les veines. Alors qu’elle regardait, elle vit le jeune Lord Byron. Et dans sa tête, sa rage montait en puissance. Non pas qu’il choisisse n’importe quel « invité ». Mais qu’il choisisse un enfant. Le coup de la « loterie chanceuse », le coup d’hameçonnage le plus vieux du monde et le plus rôdé. Le moyen le plus sûr d’attirer qui l’on souhaite à ce genre de fête. On ajoute les mots « all inclusive » ou le concept de « happy hour » et n’importe quel humain entre dix-huit et quarante-cinq ans mord à l’hameçon. Soit un peu… justement la tranche d’âge de la plupart des noces pourpres.

Mais un enfant… Un adulte mordu a quelques petits soucis, mais un enfant... À cet âge, c’est cinquante pourcent de risque de le voir y passer. Sans compter qu’un enfant qui disparait, c’est de suite à la télévision avec une battue et des journalistes acharnés. Alors qu’un adulte, c’est juste « un énième junkie » ou autre formule d’usage. Ce n’est pas pour rien que jamais on ne « chasse » des enfants ! Et pourquoi ce crétin de noble va prendre au pied de la lettre ce qui est écrit dans un journal ! Il ne s’est pas renseigné ? Il va devoir être jugé… mais d’abord… oui, d’abord, la fête… Souriant à l’enfant, elle l’emmena dans un coin où un groupe jouait les habituelles valses de Vienne. Ils posèrent leurs plats sur une table en face de l’orchestre. Un serviteur, bien au fait du statut de la dame vint leur servir à boire… deux cocas… Quelle rage… et posa une petite cloche en argent sur la table.

« - Qu’est-ce que c’est, Madame ? »
Gwihir ne put cacher un sourire particulièrement amusé. Elle fit un clin d’œil au jeune garçon et regarda par-dessus son épaule en faisant tinter la clochette. Deux serveurs vinrent de suite accomplir la demande… « - Messieurs… j’aimerai que vous demandiez… à l’orchestre de jouer le concert anniversaire de Zelda. »


L’un des serveurs se décrocha la mâchoire en entendant la demande, mais l’autre alla diligemment porter la demande de la princesse et très vite, l’ambiance musicale changea dans la salle. Quelques sourires apparurent sur les visages des Capiens en voyant le manège. Mais le plus souriant de toute la salle, c’était bien le petit Guillaume. En reposant la cloche, Gwihir vit Absinthe monter à l’étage… Bien… Le temps d’écouter six sept morceaux, de finir les repas, et elle aurait fini et les deux femmes pourraient partir.

Le repas était bon, les musiciens, même si forcés trouvèrent la force et le talent de jouer des musiques tirées des bandes originales de jeux vidéo. Alors que ça faisait déjà un petit moment que le dernier dessert était mangé et que Gwihir maintenait une pseudo-conversation avec Guillaume sur des pokemons, Absinthe vint les rejoindre. Polie, elle s’adressa d’abord au petit prince de la soirée.

« - Alors, Prince, vous avez eu une soirée plaisante ?
- Oui, tout était SUPER BON ! Et la musique était GENIALE ! Vont tous être JALOUX ! »

Puis elle se retourna face à Gwihir. « - Et vous Princesse ?
- Très bonne. J’ai eu beaucoup de plaisir avec mon Prince d’un soir. Oh… mais il est déjà vingt-deux heures ! A cette heure-ci, les Princes rentrent au château ! »


Comprenant le sous-entendu, Absinthe fit appeler le fiacre alors que Gwihir se levait, aidait le garçonnet à mettre sa veste puis prenait la direction de la sortie. Arrivée à la hauteur de Lord Byron, elle fit un petit signe de la tête. Et l’informa de son départ.

« - Je vais emporter le petit garçon avec moi. C’était une très bonne soirée, Lord Byron.
- Un plaisir, Princesse. J’espère qu’il fut à votre goût. »

Elle eut une très grosse envie de lui arracher la tête, ici et maintenant, mais se retint et répondit sur un ton poli. « - Tout à fait. Le repas était parfait. »
« - Merci, Princesse. »


Il fit une révérence et la Princesse sorti, tenant par la main le garçonnet et suivie de près par sa Conseillère et amie. Au fond d’elle, elle bouillait. Le fat n’avait rien compris. Pire, il osait penser qu’elle allait boire le garçon jusqu’à la lie chez elle ? Il n’avait définitivement pas le talent de son père. Grâce aux informations du gamin, ils surent retrouver l’hôtel où sa famille était descendue. Vingt minutes de perdues à parler à ses parents, impressionnés par les évènements organisés sur l’île de leurs vacances, par les descriptions du repas fait par leur enfant. Ils remerciaient encore plus les desserts offerts dans des tupperware qui étaient présentés comme des restes de l’offre d’animation. Une famille heureuse était une famille qui ne chercherait pas à en savoir plus. Et un enfant qui rentrait en bonne santé éloignait le spectre d’une recherche policière dans son quartier. Une fois les adieux faits, avec un Guillaume dont les yeux étaient plein d’étoiles et des parents impressionnés, les deux femmes discutaient dans le fiacre qui reprenait la route vers le Manoir.

« - Absinthe. Notez le nom de Lord Byron Junior.
- Oui ma dame. Non-respect des règles de « Chasse » …
- Enlèvement d’un enfant et méconnaissances des risques…. Et il m’a prise pour une dépravée qui boit le sang d’enfants !

- Je note ? Est-ce que j’ajoute que votre préférence est envers des hommes et femmes en bonne santé entre vingt et trente ans et qui ont une vie assez saine ?
- Non, bien sûr que non. Notez juste que Lord Byron Junior est déchu de son titre selon nos Lois. Et qu’il sera l’invité d’honneur… de la prochaine Chasse au Sang.
- Bien.
- Ahhh… avec un père si doué…
- Oui… dire que… les réceptions de Lord Byron étaient toujours un succès !

- Oui. Dommage, oui. »
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MessageSujet: Re: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Dim 27 Déc - 17:40

Calices et passions


Manoir des « Mille et une pages », vingt-sept décembre, milieu de soirée.

Deux femmes étaient en train de lire des documents, tranquillement assises dans leurs fauteuils respectifs lorsqu’une troisième personne entra dans la pièce. Vêtue d’un costume vert surmonté d’un napperon d’un vert plus foncé, elle avait dans ses bras un plateau de service où étaient déposés deux tasses fumantes ainsi que deux enveloppes épaisses. A peine entrée, la servante poussa un petit soupir. Visiblement, lorsque les invités n’étaient pas là, les serviteurs de la maisonnée étaient plus libres et autorisés à faire des remontrances à leur maitresse. Jusqu’à quel point, ça…

« - Princesse ! Madame Feuerbach ! Vous devriez faire des pauses, des fois ! Vous allez vous abimer les yeux à tant travailler !
- … Oui Elise, mais…
- Pardonnez-moi, mais le travail n’attend pas. Ce qui doit être fait ne doit souffrir d’aucun retard.

- … exactement !
- Je comprends, Mesdames… mais ne vous surmenez pas… Et sinon, vous avez reçu ceci.

- Merci beaucoup, Elise. Nous ferons attention. Posez ceci là-bas.»


Les tasses furent posées sur la table, leurs prédécesseurs se faisant emporter sur le plateau. Quelques mots de politesse furent dits machinalement et déjà la servante prenait congé, laissant les deux femmes à leur lecture. Le silence succéda aux paroles, alors qu’elles se replongeaient dans leurs lectures. Le bruit simple du papier que l’on caresse d’une plume, l’odeur de l’encre et de la cire. Un travail de bureau datant d’un siècle révolu depuis longtemps, mais qui gardait son charme pour ces Capiennes attachées aux traditions. Puis, une fois deux-trois lettres dont le traitement fut terminé, Gwihir vint poser ses yeux sur les enveloppes volumineuses.

« - Alors… qu’avons-nous là ? »

Elle se saisi de la première et voyant qu’Absinthe avait fini sa lettre aussi, lui tendit la seconde. Elles décachetèrent l’enveloppe d’un petit coup de lame, puis firent sauter la colle d’un mouvement d’ouvre-lettres. Le sceau leur était connu. Dans les deux enveloppes, deux rapports identiques, portant le sceau d’une organisation médicale reconnue sur l’Île.

« - Ah oui. C’est l’époque… Le rapport annuel de fonctionnement du Service Médical de l’Île. Siéger au conseil d’administration est pratique, mais c’est tellement assommant toute cette paperasse…
- Les Mythes sont bien obligés de garder un contrôle serré sur ce pan de la société, Princesse. Qui de mieux placé qu’un médecin pour faire une découverte dangereuse ?

- Je sais bien. Ce travail est important. Mais je sais surtout que je vais encore devoir batailler pour faire valider le budget.

- …
- …
- Encore un dépassement cette année ?

- Oui. Selon ce que je lis là, le service de don du sang et de transfusion a encore explosé son budget. Et…

- Et bien sûr, la faute est mise sur les Capiens ?
- Selon les chiffres, ils consomment soixante-cinq pourcents de toute l’offre disponible. Les « laboratoires » qui nous sont affiliés ont dû faire venir des poches depuis le continent.
- …
- Je vais demander un audit de ces chiffres.

- Très bien, je vais commencer la rédaction d’une réponse à ce rapport annuel.

- Oui, merci. Je vais étudier mieux ces chiffres… »


Le don du sang… Tout un problème en même temps que toute une solution pour les Capiens. Leur nourriture est bien sûr d’une importance vitale et dès lors, ils sont de ceux qui ont toujours et le plus farouchement défendu une position de monopole complet sur le domaine hospitalier de la part de l’organisation gérée en sous-main par les Mythes. Tous y sont gagnants, pouvant ainsi défendre leurs secrets, mais les Capiens y gagnent surtout une source alternative de sang. Dès lors, ils sont aussi dans les plus gros contributeurs financiers à ce projet et pourtant, à chaque rapport de fonctionnement, le budget est une bataille. Car l’appellation « Laboratoire » cache une autre vérité. Certains Capiens ne chassent plus, d’autres ne savent pas se contrôler lors des chasses, alors pour ceux-ci, afin de calmer leur soif, pour éviter des débordements, les laboratoires sont chargés de leur fournir régulièrement des poches de sang. Une façon d’éviter quelques problèmes, de canaliser ceux qui ne savent pas se contrôler. Mais tout a un prix. Les montants étaient importants, mais pas non plus impossibles à imaginer. La plupart des Capiens qui ne « chassent » pas sont des enfants dont les parents pallient aux besoins de sang de cette manière. Moins nombreux étaient ceux qui ne chassaient pas par choix. La propre filleule de la Princesse était dans cette minuscule catégorie. Ces Capiens qui refusent la « Chasse », qui repoussent leur propre héritage. Va falloir leur resserrer la vis, à l’avenir. S’ils ne veulent chasser, s’ils ne veulent mordre, alors qu’ils apprennent la saveur de la soif. Et pour ceux qui ne savent se maîtriser… Une Chasse de Sang ? Gwihir soupira…

« - Ces plaies… Si seulement ils pouvaient au moins se trouver des Calices…
- S’ils en étaient capables… ils ne seraient pas affilés à un laboratoire.
- Malheureusement…
- … »


N’ayant rien à ajouter, les deux femmes replongèrent dans leurs pensées. Le bruit des pages qui se tournent repris le dessus, l’odeur de l’encre qui sèche vint se mélanger à l’odeur des thés qui refroidissaient. Elles reprirent leurs lectures, mais dans leurs têtes, la réflexion continuait. Gwihir pensait à sa filleule, cette écervelée qui aimait les sports à influence guerrière et qui pourtant repoussait tout ce qui se rapprochait à la chasse… Enfin… tout ce qui la reliait même aux Capiens. Une triste chose, aux yeux de Gwihir. Ses pensées dépassèrent ses lèvres…

« - Si seulement elle apprenait à chasser un peu…
- Elle, Princesse ?
- Non, je pensais… à Sophia.
- Ah. Ce cas particulier. Et vous n’avez jamais tenté de l’inviter à une soirée… de rencontre avec des Calices potentiels ?

- J’ai bien tenté. Mais elle n’est pas venue.
- …
- Oui. Voilà. Enfin… »


Elle soupira, reposant le dossier maintenant lu. Ses yeux glissèrent sur l’horloge d’argent qui trônait sur la cheminée de la pièce. Il n’était pas loin de minuit. Encore une soirée complète passée entre l’encre et le papier à gratter de sa plume le parchemin et le vélin. Elle s’étendit, fit quelques mouvements du dos et du bassin pour libérer les tensions puis se redressa. Sa conseillère arrivait aussi au bout de son travail pour la soirée, alors elle lui laissa le temps de finir tranquillement, de reposer la plume d’oie puis, alors qu’elle commençait à sceller les lettres à la cire et y imprimer l’empreinte de son anneau sigillaire, elle relança la conversation.

« - D’ailleurs, avec tout ça, ça m’a donné soif ! Est-ce qu’une petite chasse de minuit vous dirait ?
- Ça aurait été avec plaisir, Princesse, mais mes Calices m’attendent à mon manoir.
- Oh. Je n’insiste pas, alors.
- Une prochaine fois, milady.
- Avec plaisir, oui. »


Quelques lettres cachetées plus tard, voilà les deux amies qui se séparent dans la cour intérieure du manoir des « Mille et une pages ». Un fiacre emmène Absinthe vers son domaine… Pour sa part, Gwihir s’en va rôder dans les ruelles de son quartier. Ce soir, une personne à son goût tombera sous ses crocs et fera une légère anémie. Le pauvre… Il ne faut pas faire de régime, mademoiselle, c’est mauvais pour votre tension. Monsieur, moins d’alcool, pas avec des boissons sucrées… C’est dangereux. Tant d’excuses que les ambulanciers du Service Médical ressortent aux touristes qui ont eu une petite faiblesse passagère… Toutes ces proies, ces victimes qui s’ignorent. Mais alors que la Chasse commençait, Gwihir repensait aux propos de son amie…

« - Des Calices… Déjà ? … »

Les Calices sont une chose un peu particulière chez les Capiens. Ils n’en sont jamais, d’un part… Et d’autre part, contrairement aux invités des Noces Pourpres ou aux Chassés, ils savent ce que sont les Capiens. Mieux, ils sont volontaires pour partager avec eux un moment unique. Le moment de la morsure, ce baiser charnel qui excite tous les sens, qui fait vibrer les émotions… On n’oublie jamais un de ces baisers passionnés. Le Capien ressent toujours une pulsion brutale, animale, tenter de prendre le dessus de leur esprit dans ce moment-là, mais c’est aussi bestial que savoureux, faisant basculer les sens dans un plaisir qui équivaut à celui de la chair. Tout comme ceux qui ont la Chasse dans le sens sentent l’excitation monter en eux au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de leur proie, tout comme ils sentent leur cœur battre plus vite alors que la cible est en vue, ceux qui ont des Calices ont des plaisirs passionnés.

Avoir un Calice n’est pas un acte innocent. C’est un pacte, passé entre le Capien et son Calice. Ce dernier se met la plupart du temps à son service, rejoignant son manoir. Il n’est pas l’époux ou l’épouse. Mais partage la passion sanglante de son maître en devenant un de ses repas, offrant son cou à la morsure régulière de son contractant. Libéré des pulsions de la chasse, de l’obligation de faire vite, de se cacher, le Capien peut alors donner à son étreinte toute la passion qu’il ressent lors de la morsure. Et dès lors, partager avec sa proie régulière l’extase sans limite de l’étreinte d’un Capien. Nul n’oublie jamais une telle étreinte… Et les proies sont souvent les premières à attendre avec impatience la prochaine morsure passionnée de leur maître. Bien sûr, il est très mal vu, voir condamné de toucher les Calices d’un autre Capien, et dès lors c’est aussi une forme de protection pour l’humain ou l’humaine ainsi liée.

Se reconcentrant sur sa chasse, Gwihir secoua la tête… Elle n’avait pas de Calice actuellement… préférant encore le frisson de la Chasse… Mais peut-être qu’un jour, elle sentirai l’envie de partager aussi cette étreinte avec un ou deux Calices, avec des personnes qui donneront une saveur particulière à ses morsures… Même si jamais elle n’arrêtera la Chasse.

« - Moui… un jour, oui… un jour... »

Plus tard, un appel anonyme au service d’urgence fera venir une ambulance… Une jeune fêtarde aurait fait un malaise à la sortie d’une discothèque… Mais ceci est une toute autre histoire.
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MessageSujet: Re: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Sam 2 Jan - 13:19

Justice et Chasses au Sang

Le Manoir hanté, 1er janvier, seize heures passées depuis peu.

Dans la salle austère du manoir princier se regroupaient un petit comité en ce triste jour de l’année. À peine les fêtes de fin d’années étaient passées que déjà le travail de ce Cercle d’Étude des Récits Thanatologiques Européens et Sumériens devait recommencer. Mais ce nom n’était qu’une couverture pour les activités du groupe, un nom facile à trouver et qui garderait tout son mystère pour la plupart des gens. Et pourtant, pour tous les Capiens qui ont été affiliés à une Cour de par le monde, ce surnom représente une facette bien plus obscure de leurs traditions, la Table de Justice. C’est dans ce groupe de cinq personnes que sont jugés tous les cas concernant les Capiens, que ce soit une influence ou une menace extérieure, tout comme le comportement des Capiens eux-mêmes. Par le droit régalien, sont tenu d’y participer les Princes, bien sûr, mais aussi des représentant des familles majeures de la région sous l’autorité de ce dernier. Le Prince, bien sûr, n’a pas la possibilité de choisir quelle famille a le droit de siéger dans ces réunions, mais uniquement de nommer celui ou celle des lignées « honorables » qui représentera les siens. L’équilibre des pouvoirs est ici aussi d’une importance claire et il n’est pas rare de voir de nombreuses intrigues politiques tenter d’influencer le choix d’untel ou d’un autre. Quelques fois, la Table de Justice s’ouvre aux curieux, aux requérants Capiens qui souhaitent un éclairage juridique sur une situation. Car s’ils ne siègent que dans des cas extrêmes, ils ont le devoir de répondre aux attentes des leurs afin de leur prodiguer conseils et assistances.

Mais malheureusement, cet après-midi est une réunion plénière pour l’instruction de deux cas particuliers. Le premier est celui d’un Capien qui n’a pas su se maîtriser à plusieurs reprises. Même s’il arrive parfois qu’un Capien se nourrisse trop sur une proie, entraînant son décès, la plupart d’entre eux savent rester maître de leurs appétits et ne pas créer de problèmes. Quelques rares cas sont malheureusement à déplorer, forçant l’administration Capienne à s’organiser. Faire disparaître certains corps, en maquiller d’autres comme des attaques de chiens errants ou une overdose. La faute à pas de chance, souvent, et voilà, dossier classé. Mais dans de rares cas, le Capien causant la mort est volontairement violent, préférant se laisser aller sur sa proie, la dévorant avec violence, avec puissance et ne lui laissant aucune chance de survie. Dans ces cas, malheureusement, il faut sévir, car le mystère et le secret qui entourent les Capiens ne doivent pas être mis en danger par des meurtres sanglants. Un cas d’école, pas trop courant, heureusement, mais qui se devait d’être jugé. La Princesse, qui présidait la séance, se leva, présentant les détails de l’affaire, les enquêtes effectuées, ainsi que les dossiers des proies que l’accusé avait massacrées. Après avoir longuement parlé du cas et des circonstances, elle laissa un instant passer, puis, d’une voix neutre, elle demanda l’avis du collège.

« - Messieurs, Mesdames. Voici qui clôt le dossier. Quel est votre avis, votre jugement ?
- Coupable. » Asséna le premier homme. Il se tourna vers sa voisine de table.
- Coupable. » Ajouta Absinthe, le visage fermé.
- Coupable. » Répondirent ensuite les deux autres juges.

La Princesse n’eut pas à donner son avis. En effet, elle ne vote qu’en cas d’égalité entre les quatre juges, afin de trancher un cas, sinon, elle se contente d’entériner le jugement rendu par ses compagnons de la Table de Justice basé sur les enquêtes que ses gens ont menés. Elle ferma les dossiers devant elle, en disant simplement…

« - A l’unanimité est désigné coupable Absorn Olafson. » Elle ponctua sa phrase d’un coup de marteau. « Sa peine sera exécutée dans deux jours, à vingt-deux heures. Il sera informé de sa condamnation ce soir. »

La justice selon les Capiens traditionnalistes dont fait partie la Princesse actuelle est loin des standards humains. Pas besoin d’avocats ou de réquisitoires ni de contre-interrogatoires. Seuls les actes importent et tout jugement est rendu uniquement à la lumière des actes et des conséquences de ces derniers. La volonté ou le mobile n’importent jamais. Un assassinat ou un meurtre passionnel se résument tous deux au décès d’une personne, alors pourquoi les juger différemment ? Ah oui, car les humains espèrent toujours une seconde chance, une rémission. Ce n’est pas le cas des Capiens et c’est surement aussi pour ça qu’ils marchent droit. Ici, deux possibilités, coupable ou innocent. L’un rendant la liberté, l’autre ne laissant que deux choix : Exil en cas de faute légère, condamnation à mort dans tous les autres cas. Simple, expéditif, et surtout, jamais une seule seconde chance n’est donnée. Bien sûr, l’application de la peine peut varier, mais la finalité reste très souvent la même. Enfermé dans les cachots de l’Exilée, l’accusé devenu condamné saura sous peu ce qui l’attend pour ses erreurs. Ouvrant un autre dossier, la Princesse soupire… Puis commence…

« - Dossier suivant, celui de Lord Byron Junior… »

L’après-midi n’allait pas être finie de suite… Autant un Capien seul est facile à juger, plus dur est un noble. En cas de condamnation, il faut aussi gérer le soucis des employés, des serviteurs, des biens et possessions ainsi que des éventuels Calices… Non, rendre la justice n’est pas simple, qu’on soit humain ou Capien…
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MessageSujet: Re: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Dim 3 Jan - 16:48
Cour intérieure de l’Exilée, 3 janvier, vingt-et-une heure quarante-cinq.

Le fond de l'air était frais, en ce début de nuit. La lune venait de dépasser l’horizon marin que le phare de l’Exilée éclairait de ses lumières mouvantes. La citadelle grouillait de mouvements, de bruits, même à une heure aussi avancée. Mais cette soirée n’était pas une nuit normale, loin de là, c’était l'occasion d'une… Chasse au Sang. Dans la cour, une petite trentaine de Capiens étaient présent, vêtus de manière souvent simple, voire sportive. Loin sont les robes bouffantes ou les costumes à ourlets travaillées. Non pas qu’ils sont en joggings, il ne faut pas déconner. Mais les chausses en cuir, les pourpoints de laine par-dessus un gilet en peau tannée d’un animal quelconque sont la norme ce soir. Seuls cinq Capiens portaient ce qui se rapportait à un uniforme, une pelisse ceignait leurs épaules, en pelage de loup. Cet uniforme leur donnait un air décalé dans le temps, plus encore que leurs habits Renaissance ou Belle Époque. Mais pourtant, nul ne riait. Au contraire, les visages étaient sérieux, grave. La Princesse était de ceux qui portaient la pelisse. Elle regarda sa montre… L’heure avançait. Elle regarda l’un des hommes portant le justaucorps en cuir. Il se dégageait de lui une impression de puissance, de violence contrôlée qui était impressionnante.

« - Sean Mac Aedan ? Vous pouvez aller vous placer. « Ça » va commencer sous peu.
- À vos ordres, Princesse. »
Puis il se retourna vers un groupe de Capiens qui l’entourait. « Vous avez entendu ? En route. »

Et c’est ainsi qu’un peu moins d’une quinzaine de Capiens sortirent de la cour, ayant juste le temps d’un petit signe de respect pour leur princesse de la tête. Et très vite, la nuit les enveloppa et ils disparurent dans la nuit. Nouveau coup d’œil à la montre… Cinq minutes avant l’heure… La Capienne fit face à la porte de la citadelle, toisant deux des gardes qui attendaient là.

« - Messieurs, faites entrer les condamnés. »


L’un d’entre eux pivota sur ses talons et ouvrit la porte qui grinça sur ses gonds, dans un son lugubre complètement adapté à l’ambiance générale qui prévalait dans les regards des participants. Vomis de l’intérieur de la forteresse arrivèrent alors deux hommes entravés par des chaînes d’acier, encadrés de quatre gardes. Ceux-ci les menèrent face aux cinq personnes portant la pelisse, puis se retirèrent à distance honorable. Avant de partir, l’un des gardes s’occupa de retirer les entraves de l’un des deux condamnés, mais pas de l’autre. Tous deux avaient les yeux plein de peur, de panique, et reconnurent de suite le destin qui s’offrait à eux. Une chape de plomb s’abattit dans la réunion. Un cercle de garde s’était formé le long des murs alors que dans la cour, seuls les cinq futurs bourreaux étaient en présence des deux condamnés. Gwihir sortit alors un parchemin calligraphié et portant un sceau de cire noir. D’une voix solennelle elle commença la lecture…

« - Certifiez-vous être Messieurs Absorn Olafson et Lord Abel Byron ? »


La question n’était pas uniquement une formalité. Une fois leurs noms entendus, les deux hommes surent ce qui les attendait. Pour l’entravé, une mise à mort rapide une fois l’acte de condamnation lu. Pour l’autre, un mince filet d’espoir tout autant qu’une peur indicible. Tous deux firent oui de la tête.

« - Très bien, en accord avec les Coutumes et les Traditions, je vais maintenant vous lire l’acte de condamnation. »
Un ange passa… « Premier condamné, Monsieur Absorn Olafson, vous êtes reconnus coupable ! Pour actes violents sur mineurs, pour actes violent sur adultes, pour avoir menacé la sécurité et le secret enveloppant notre race, selon les Lois N°… »

S’en suivi une longue lecture de chaque loi ayant eu de l’influence sur la condamnation actuelle. La lecture, fastidieuse, dura bien une demi-heure. Durant tout ce temps, le pauvre Capien en était réduit à implorer une pitié qui ne viendra pas, tremblant de tous ses membres, tentant de bouger malgré les entraves, sans succès. A la fin de la lecture, Gwihir marqua une pause, regarda le pauvre hère couché à terre. Son regard était dur, inflexible. Puis elle se tourna vers l’un des quatre assistants.

« - Sire Yorick, à vous l’honneur. »


Ce dernier, portant une pelisse lui aussi, s’avança, et d’un mouvement des plus rapides, il fit décrire un cercle à une lame courte. Quelques brins d’herbes s’envolèrent alors que l’acier mordit profondément la chair, séparant le corps de la tête. A peine vingt secondes s’étaient écoulées depuis l’annonce de condamnation et voilà qu’un être avait été privé de son droit de vivre. La tête roula un peu plus loin, puis fut ramassée par l’un des gardes pendant que ses collègues emportaient le corps. Le tout allait être incinéré sous peu afin de clore le cas. Mais les jugements n’étaient pas encore finis. La Princesse se retourna face à Abel Byron. Ce dernier, alors que la terreur se lisait sur ses traits, gémit doucement…

« - Pitié… grâce ! »


Mais celle qui présidait cette réunion nocturne ne se laissa pas attendrir tout comme elle ne changea rien au cérémoniel.

« - Second condamné, Monsieur Abel Byron, démis de ses titres et terres, vous êtes reconnu coupable ! … »


C’était le coup d’envoi. Moment de stress, seconde de panique. S’il n’était pas entravé, c’était bien pour pouvoir bouger. Certains restent prostrés de peur ou tentent d’argumenter, de réfuter, mais ce n’est plus le temps. Libres de leurs mouvements sont ceux qui sont soumis à la condamnation de la Chasse au Sang ! Dès lors, ils ont deux choix. Le premier, gagner le droit à l’Exil par l’épée. Il faut pour ceci attendre jusqu’à la fin de la lecture puis défier l’un des cinq bourreaux puis le vaincre en combat singulier. Un combat qui toujours se fini par la libération du dernier souffle de l’un des participants. Mais malheureusement pour lui, Abel Byron n’avait pas les capacités martiales pour relever ce genre de défis… Alors qu’il réfléchissait, il perdait du temps…

« - … pour les crimes d’enlèvement d’enfants, pour avoir menacé la sécurité et le secret enveloppant notre race… »


Il regarda autour de lui, la porte de l’Exilée était ouverte, les gardes ne bougeaient pas. Il sut quelle était sa seule chance de survie, sa seule possibilité de voir le soleil se lever demain. Rassemblant le reste de courage et d’énergie qu’il avait en lui, il s’élança en direction de la porte et en passa les battants. Il voulait vivre, mais pour ceci, il devait survivre. Tous les Capiens savent ce que sont les Chasses au Sang. Durant la lecture de l’acte, il pouvait bouger, fuir, partir. Il le fallait, et le plus vite possible. Car au moment où la lecture serait finie, les cinq bourreaux se lanceront à sa poursuite. Le jeu du chat et de la souris, mais avec cinq chats pour une seule souris. Derrière lui, alors qu’il s’enfonçait dans la nuit, il continuait d’entendre la voix de la Princesse…

« - … selon la Loi concernant les enlèvements, article 12, paragraphe 3, alinéa 1, est condamné à l’exil toute personne… »


Exil ? Quelle blague. Il savait ce que signifiait ce terme. L’exil n’est pas une punition clémente, c’est le prix à arracher lors d’une Chasse au Sang. Cinq chasseurs, une proie. Une seule proie qui doit survivre entre la fin de la lecture et le lever du soleil. Au moment des premiers rayons de soleil, si la proie est en vie, il sera gracié et sa peine sera commuée en exil forcé. Mais ce n’est pas si simple de semer cinq Capiens qui sont souvent au sommet de leur art et pour qui la chasse est autant une passion qu’un devoir. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuelle Princesse, il n’y a plus eu une seule grâce d’accordée. Ni avant lecture, mais surtout… Aucun survivant à toutes les Chasses au Sang qu’elle a initié. Alors qu’il s’enfonçait dans les premiers sous-bois entourant l’Exilée, courant à tout vitesse, il entend le début du détail de la condamnation.

« - … sont reconnus coupables les serviteurs de la maisonnée et sont condamnée à suivre les pas de leur maître à l’issue de l’épreuve de la Chasse au Sang, quelle qu’elle soit. Seront saisi les titres, biens et calices du condamné, de manière définitive et sont laissés à la gestion du Prince selon les lois régaliennes… »


Mais déjà il n’écoutait plus, tout obnubilé par sa fuite, déjà transpirant alors que ça ne faisait que vingt minutes qu’il courrait. Le point à son côté lui rappelait douloureusement qu’il n’avait jamais été sportif et avait toujours préféré la chasse par procuration. S’il survivait à cette nuit, il se jura intérieurement de reprendre soin de son corps. Sur sa gauche, les lumières de la ville attiraient son regard, mais il savait que ce n’était que des miroirs aux alouettes, un piège que son esprit se devait d’éviter. Il n’avait pas le droit de chercher abri dans une bâtisse ni de rentrer au contact avec le moindre étranger à la Chasse. Il ne les avait pas vus, mais il savait que des Capiens le suivaient et veillaient à ce qu’il respecte cette loi. Qu’il fasse un seul geste en direction d’un inconnu, un seul pas en direction d’une maison et il savait que sans attendre, plusieurs Capiens débarqueraient pour mettre fin à sa folie. Heureusement pour lui, ces « veilleurs » ne participent pas au jeu de chasse, mais ne sont là que pour surveiller que la proie ne fait pas de folies. Il s’adossa contre un vieux tronc, tentant de reprendre son souffle lorsqu’il entendit dans le lointain un son de cor de brume. La lecture était finie, la Chasse allait commencer… Il jura entre ses dents, puis se remis à courir.

Pendant ce temps, Gwihir venait enfin de finir la lecture. Quarante minutes avaient été utiles pour ce faire, mais la nuit était encore belle. L’heure venait tout juste de dépasser vingt-trois heures, il restait encore au moins huit heures de nuit. Huit heures de chasse. Elle roula le parchemin qu’elle venait de lire et le tendit à l’un des gardes assistant la cérémonie.

« - Tenez. Rangez tout ici, nous allons clore ce dossier.
- Oui, Princesse. »
Dit le garde en prenant le papier, il rejoint ses compagnons qui déjà refluaient vers l’intérieur de l’Exilée. La Capienne se retourna vers les hommes en pelisse, et dit sobrement…
« - Messieurs, dames, que la Chasse commence. »


Ni une ni deux, les cinq personnes encore dans la cour s’élancèrent à travers le porche. L’un d’entre eux parti complètement à gauche, le long de la plage, alors que la seule autre femme, Absinthe, s’élança en direction du port tout proche. A peine cinq minutes plus tard, tous les cinq s’étaient séparés, chacun selon leur idée. Gwihir continua de courir en direction du bois le plus proche, puis s’arrêta, humant l’air. Dans son regard, plus aucune trace de bonté, juste la chasse, juste l’envie de vaincre une proie, de sentir la peur emplir l’air lorsque cette dernière sent sa dernière heure arriver. Ce n’était pas la Gwihir que pouvaient connaître ses amis ou ses connaissances, mais c’était la Princesse des Capien, l’Inflexible chasseuse. Elle murmura…

« - Cours sans t’arrêter, Abel… j’arrive… »

À pas de loup, elle s’avança dans les bois, les sens aux aguets, lorsqu’elle vit une chose attirer son regard à plus de vingt mètres. Une branche cassée, un début de trace. Un sourire inquiétant se dessina sur son visage alors qu’elle emboîta le pas dans la sente… La piste n’était pas encore froide, le traqué ne devait pas être loin…

Ailleurs, dans le bois, il courait. Encore, toujours, plus vite, lève le pied, aller… continue. Il ne savait pas ce qui le suivait, mais il savait être assez mauvais pour laisser des traces derrière lui. Avaient-ils vu la trace de sa botte dans la flaque qu’il n’avait su éviter ? Auraient-ils repéré ces bruits de branches brisées sur son passage ? Non, bien sûr que non, ils sont loin, très loin… Il fait nuit, ils ne peuvent pas déjà avoir retrouvé sa piste. Mais d’où venait ce sentiment d’oppression ? Qu’est-ce qui enserrait son cœur à ce point ? Pourquoi avait-il l’impression que ses poumons étaient en feu ? Non, il ne fallait pas s’arrêter, pas se reposer… Courir, encore courir… mais d’où venait ce bruit ? Quelqu’un serait là ? Qui ? Déjà ? Non, ce n’était pas possible ! Pas de panique… c’est le bruit du vent… c’est un animal… c’est… Ce ne peut être eux, pas déjà ! Il fit encore deux pas… puis entendit à nouveau un bruit. Un bruit qui faisait paniquer son esprit. Une branche qui casse ? Un caillou qui roule ? C’est… C’est naturel, dans un bois, oui, hein ?

Il était parti avec trois-quarts d’heure d’avance, et voilà qu’il était dans son angle de vision. Moins d’une heure avait été nécessaire à la Princesse pour retrouver la sente, pour s’approcher de lui et nouer un contact visuel. Il n’avait fait que courir, même pas en ligne droite. Aucun piège, aucune branche utilisée comme arme. Et voilà que devant ses yeux, il commençait à regarder dans toutes les directions, paniqué. Quelques cailloux lancés de-ci de-là avaient suffi à le faire trembler comme une feuille un jour de grand vent. Elle sourit malgré elle. La Chasse n’avait pas été palpitante, mais sa proie suintait la peur, et dans ces cas, elle adorait ça. Et encore une fois, elle sera celle qui appliquera la mise à mort. Elle le regarda se débattre avec ses démons encore un moment, s’approchant sur la pointe des pieds, puis, au moment où il fit l’erreur de lui présenter son dos, elle s’élança. Un seul bond, sans bruit, qu’il ne sut voir et voilà que la prédatrice le faisait tomber à terre sous l’impact. Les poumons du pauvre hère se vidèrent de son air sous le choc, puis l’adrénaline monta en lui, mais il était déjà trop tard. Saisissant de ses mains les poignets de l’homme, Gwihir l’immobilisa et sans montrer la moindre hésitation planta sa mâchoire dans le cou, violente, brutale, à tel point qu’elle déchira aussi bien la jugulaire que la carotide. En un instant, voilà que celui qui fut un noble Capien se vida de tout sang, de toute vie alors que la Princesse l’ayant condamné faisait bombance sauvagement. C’est après ceci que les « veilleurs » s’approchèrent pour confirmer le décès. Ceci fait, le chef d’équipe, Sean, sonna de son cor de brume. La Chasse au Sang s’était finie, justice avait été rendue. Il regarda la Princesse dont le bas du visage était encore Sali de sang…

« - Belle chasse, Princesse.
- Merci Sean, mais j’espère que les prochains m’offriront plus de challenge…

- Il y’a de moins en moins de Capiens criminels, Princesse.

- Je sais… La peur fait marcher droit. Mais des fous, il y’en aura toujours.

- Oui da. Mais pas pour ce soir.

- En effet… allez. Rentrons à l’Exilée, nous avons un corps à incinérer.

- À vos ordres, Princesse…
»


Ainsi se terminait une Chasse au Sang, première de l’année, mais surement pas la dernière…
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MessageSujet: Re: Dans l'Ombre des Capiens [solo] [terminé] Lun 11 Jan - 11:25

Conseil, Cour et Princesse

Le Manoir hanté, 10 janvier, vingt heures tonnantes.

Au loin, les cloches sonnaient à la volée le temps qui s’écoulait, mais dans la pièce du Conseil, le temps semblait arrêté depuis plus de trois siècles. Les gens y étaient en costume, arborant avec fierté leurs différents plus beaux habits. Qui d’une robe victorienne, qui d’autre portant un tailleur coupé cintré signé d’un grand nom de la couture, alors que les hommes n’étaient pas en reste, portant aussi bien des costumes que des habits classieux de la Belle Époque, ou même des costards Gucci. Un seul devoir prévalait, celui de bien présenter, de savoir se tenir, de respecter l’étiquette. Et pourtant, plus qu’un Conseil princier, ces réunions tenaient plus de la réception. En effet, la Princesse et ses plus proches conseillers n’étaient pas assis à une haute table où tous pouvaient s’adresser à eux, mais naviguaient dans la pièce, échangeant quelques mots avec les uns, un verre avec les autres. C’était ainsi que se faisaient la politique Capienne, que se défaisaient les alliances entre les familles. Non, on ne parlait pas à voix haute, mais on tenait des conciliabules de partout. Il était donc du devoir de la maitresse des Capiens d’avoir le talent pour entendre tout ce qui se disait de-ci et de-là, d’avoir des gens pour saisir ce qui se disait dans les ombres.

Un touriste passa à côté d’elle, un verre de vin à la main. Elle lui sourit, et lui, dans le jeu, lui fit une révérence. Elle en repérait pas mal, naviguant entre les buffets de repas, écoutant la musique ou même dansant avec les Capiens. En effet, les réunions du Conseil, qui ont lieu un soir par semaine sont ouvertes au public. D’une part car c’est amusant pour la Princesse de voir certains Capiens ne pas savoir comment parler de politique en leur présence, d’autre part car il n’y avait rien de mieux pour éviter à des Capiens d’en venir aux mains que des témoins innocents qui donnent l’autorité à la Princesse d’agir contre les sots. En effet, si la Chasse est libre, briser le voile d’ombre qui recouvre l’existence des Fils de la Nuit devant des témoins est passable de bons nombres de châtiments se terminant tous sur un décès prématuré et douloureux du coupable. Alors en présence de tous ces témoins, les Capiens se tenaient à carreaux. Et ces soirées rapportaient beaucoup à la Princesse, tant les touristes étaient prolixes en droits d’entrée pour après avoir accès à une soirée si classieuse où bonne chère et boissons étaient servies à discrétion. Bien sûr, il y avait des réunions où ne se retrouvaient que des Capiens, mais celles-ci étaient plus rares, bimensuelles uniquement et malheureusement souvent l’occasion pour l’une ou l’autre famille de se donner en spectacle. Ainsi va le monde des Capiens : Sans ennemi extérieur immédiat, sans menace directe, ils investissaient toute leur énergie dans des luttes intestines, dans des conflits d’égo sans fin et dans des rancunes que porteront les enfants durant de nombreuses générations. Bien sûr, pas toutes les familles ne se déplaçaient à ces réunions et très rarement en masse, mais presque toute y envoyait au moins un de leurs membres, ne serait-ce que pour connaitre les nouvelles tractations politiques en cours.

Un homme arriva vers elle, la saluant poliment. Un homme dont elle connaissait tout le talent pour écouter les mots murmurés derrière les tentures. Ce dernier, visiblement âgé de la cinquantaine bien sonnée, avait une classe intrinsèque qui donnait envie de se confier à lui. Sa petite barbe taillée de neuf, sa moustache à la Bismarck, tout respirait l’élégance chez cet homme. Ses yeux d’un gris-bleu profond donnaient à son regard l’intensité d’un aigle qu’il tentait de masquer en portant une petite paire de lunettes en écaille sobre. Après son salut, il parla d’une voix mesurée, grave. Le ton était clair, l’articulation parfaite, un homme fait pour parler en société. Malheureusement, le sujet n’était pas plaisant à l’oreille de la Capienne…

« - Princesse. Il semblerait qu’une famille souhaite requérir votre bénédiction.
- Ce soir même ?
- Précisément. Ils sont venus en nombre et sont en train de rassembler des soutiens.
- Hmpf. Très bien ! Heinrich, vous pouvez informer… qui de droit… qu’une réunion de la Cour aura lieu à partir de vingt-trois heures, à la salle habituelle.
- Très bien mademoiselle. Et si je puis me permettre…
- Oui ? Je vous écoute.
- Votre nouvelle robe vous sied à merveille, Princesse.
- Heinrich, vous êtes un fieffé charmeur.
- On ne change pas un Junker, Princesse, même après être devenu Prussien ou Allemand ! »

Et c’est avec cette dernière remarque que l’homme la quitta, un sourire sur le visage, pour s’engouffrer dans la foule à nouveau, laissant Gwihir seule à nouveau. La musique n’avait pas changé, les odeurs de la cuisine continuaient de distiller de quoi mettre l’eau à la bouche de n’importe quel épicurien et pourtant le cœur de la Capienne n’y était plus. Une bénédiction à donner, encore un souci à devoir gérer, une famille à écouter, une autre à gérer. Avançant dans la foule partageant quelques mots avec les uns et les autres, elle réfléchissait déjà à ce qui l’attendait. Autant les Capiens cultivent l’art du secret autant leurs coups de sang peuvent être terribles et destructeurs. Qui avait bien pu se mettre ainsi à dos tant de haine alors que tous préfèrent souvent habiller leurs rancunes du voile de la vengeance lente et douloureuse, servie froide, mais avec beaucoup de souffrances. Il y avait donc ici une famille qui en avait soupé et une autre qui en était la cause. A moins que l’accusée ne soit absente ce soir-là… Ses pas l’emmenèrent vers un des escaliers montant aux coursives. Bon nombre de touristes aiment à y monter afin de profiter de la vue imprenable sur les robes tournoyantes, ou pour parfois reprendre leur souffle, voire, pour certains, murmurer quelques mots doux à l’oreille de l’être convoité. Mais pour la Princesse, ce n’était que l’occasion d’avoir une vision plongeante sur la salle et surtout loin de ses invités afin de ne pas être abordée sans cesse… Elle commença à scruter…

Elle repéra Heinrich von Posen, en train de discuter autour d’un ponch avec quelques Capiennes de familles influentes. Et elle ne put s’empêcher de sourire… « Qui de droit ? » Le brave homme avait su cibler les bonnes personnes, sous peu, ces commères en manque de rumeurs à propager seraient celles qui feront passer le message, en oubliant même de citer leur source. Et dans moins d’une heure, tous les Capiens présents seront au courant, par le talent de ces femmes. Plus loin, elle vit Absinthe Feuerbach, cette dernière n’allait pas manquer d’être informée sous peu… Plus loin, là-bas, elle repéra une assemblée plus énervée de Capiens… qui y parlait ? Oh, Reinhard von Wische, ce vieux loup, sûrement qu’il fomentait encore quelques coups pendables pour l’une ou l’autre des familles, mais lui, demander sa bénédiction ? , jamais… Bien trop occupé à répandre son fiel à travers des mensonges et des semi-vérités. Non, ce devait être quelqu’un d’autre. Puis un mouvement attira son attention, une jeune femme, très jeune. Gwihir plissa des yeux et reconnu Amélia de Valroux. Étonnant, elle qui ne venait jamais… Puis l’étonnement fit place à la compréhension. Elle balaya à nouveau l’assemblée des Capiens… Là ! Konrad de Valroux…. Et ici, son épouse et mère d’Amélia, Orphée. Ils étaient une famille mineure, rarement présente en nombre dans les réunions du conseil, mais pourquoi… Et l’information la percuta. La cadette, manquante… Isabella ? Voilà la raison… Un soupir passa les lèvres de Gwihir puis elle redescendit dans l’arène. Elle savait ce qui l’attendait et maintenant, elle allait devoir choisir si oui ou non elle accédait aux demandes de la famille Valroux.

Plus tard, bien plus tard, alors que les humains étaient tous partis, laissant les « comédiens » entre eux, eu lieu la Cour. Un nom bien rituel pour un évènement qui ne manquait jamais de symbolique. Gwihir s’était assise sur une chaise haute, sur une estrade afin que tous les Capiens assemblés là puissent la voir et l’entendre. À ses côtés quatre personnes qui portaient tous une broche représentant une tête de Loup, les Juges, les conseillers choisis par la Princesse. Il y avait aussi sur l’estrade un homme vêtu de noir. S’il avait passé inaperçu tout au loin de la soirée, difficile pour lui de se cacher dans l’ombre de cinq personnes qui sortent autant de l’ordinaire. Et le voulait-il, lui qui était l’Épée de la Princesse, celui qui arracherait le cœur de n’importe quel Capien qui menacerait sa maitresse ? Il était d’une loyauté sans borne et d’une efficacité tout aussi impressionnante, alors nul n’avait jamais, en la présence de l’ombrageux Highlander, de mouvement déplacé envers la Princesse. Et face à eux, une assemblée de Capiens qui avait laissé un petit espace circulaire où se tenaient trois des leurs. Les Valroux. Le père s’avança et pris la parole selon les coutumes immuablement respectées…

« - Ma Princesse. En vertu des Lois, par le droit du sang et sur mon nom et celui de ma famille je me tiens devant vous. Je vous connais et vous reconnait, Princesse Gwihir Deirfiur. » Puis il baissa la tête respectueusement, imité en cela par son épouse et sa fille ainée.
« - Je vous connais, Konrad de Valroux, et je vous entends tout comme je vous écoute. Énoncez votre demande en cette assemblée.
- Princesse, en cette assemblée de Nobles Sires, je souhaite quérir votre bénédiction. »

La Princesse laissa un moment passer. La coutume veux que nul ne parle si ce n’est le requérant et le Prince, et pourtant, elle entendait quelques babillages… L’attente suffit à avoir à nouveau le silence, tout le monde savait que la Princesse était très à cheval sur les apparences et sur le respect donné aux coutumes.

« - En ce lieu, parlez sans retenue. Quel est le sang qui a ainsi votre ire ? » Les yeux de Gwihir était deux fentes qui jaugeait la motivation de ceux qui lui faisait face. Les Capiens derrière eux faisaient le silence, signe que globalement ils soutenaient cette demande.
« - Je demande le sang des Olafson. » Il marqua une pause, trop courte pour que la Princesse ne puisse poser la question rituelle de la raison, mais elle n’en pris pas ombrage. Il continua ainsi. « Pour le meurtre de ma fille Isabella, je demande votre bénédiction pour une vendetta. »

Si quelques Capiens eurent un petit sursaut en entendant la raison, les personnes sur l’estrade n’en eurent pas le moins du monde. Rien que le nom du requérant avait suffi à savoir la raison de sa demande. La pauvre Isabella avait eu le malheur de croiser la route d’Absorn Olafson. Ce dernier avait été mis à mort il y a peu, pour des crimes envers tous les Capiens, mais ça n’avait pas apaisé les souffrances de sa famille. La Princesse le comprenait bien, et en tant que telle, elle se devait de juger ce cas aussi. Les familles ont toutes libertés pour se venger de la manière qui leur irait, mais lorsque le dommage est trop important, celle qui se considère lésée peut demander la bénédiction d’un Prince. Dès lors, une vendetta commencerait, et ne finirait que lorsque le Prince l’ordonnerait ou lorsque l’une des deux familles se retrouverait tant décimée qu’elle disparaitrait dans les limbes de l’oubli. La Princesse toisa Konrad. Il était un bon combattant, sa femme de même. On racontait qu’Amélia était assez bonne avec un arc. Les Olafson pour leur part venaient de perdre leur seul fils et il ne restait que les parents, âgés. Sans nul doute que ceux-ci verraient cette vendetta comme une certaine libération. Elle fit signe aux Valroux de se redresser avant de reprendre la parole.

« - Konrad de Valroux, je vous ai écouté tout comme je vous ai entendu. Je vous accorde ma bénédiction, et ce jusqu’à la prochaine lune. »


Ce dernier regarda la princesse. Il avait ainsi, avec sa famille, pas moins de dix jours pour exercer son droit du sang à l’égard de la famille du meurtrier. Sans nul doute que celle-ci sera informée à peine cette réunion terminée de la menace qui arrive. Il eut un rictus mauvais en pensant à sa vengeance à venir, accordée par la Princesse. Il s’inclina poliment, tout comme sa femme et sa fille, face au trône, puis attendit de recevoir son congé. La Capienne s’adressa alors à toute l’assemblée…

« - Est-ce que l’un d’entre vous a quelque chose à ajouter ? »
Elle attendit le temps réglementaire, puis… « Soit. Je déclare cette Cour terminée ! Bonne nuit à tous. »

Les gens commencèrent à refluer vers les portes, le brouhaha se leva tranquillement alors que les langues se déliaient, que les gens commentaient la nouvelle vendetta, pariaient sur la première action qui sera entreprise, sur les moyens et sur les destructions… Gwihir, pour sa part les regarda passer les portes de la salle avec un sourire poli, mais dans sa tête, elle réfléchissait déjà à tout ce qui l’attendait. La nuit n’était pas finie, ni pour les Olafson, ni pour les Valroux, et pas non plus pour la Princesse…


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